Les élections-moisson (1)

Les prochaines élections cantonales programmées en mars 2011 seront peut-être les dernières, à cause du projet de loi gouvernemental portant création des conseillers territoriaux. Pour marquer le coup, la Piquouse vous entraîne plus d’un siècle en arrière, au temps où les élections cantonales se déroulaient en plein été, en pleine moisson, avec les conséquences que l’on devine. Extrait d’un mémoire de maîtrise d’Histoire (1990) sur les élections cantonales en Eure-et-Loir, de 1871 à 1914, du temps où la Piquouse était jeune…

Tous les ans, aux mois de juillet de d’août, l’Eure-et-Loir vit à l’heure de la moisson. Grand producteur de céréales sur lesquelles repose son économie, le département voit sa population se mobiliser pour accomplir le labeur cyclique.

En Beauce surtout, la plaine se couvre de monde. Comme la population beauceronne ne peut pas à elle seule suffire à la tâche, la main d’oeuvre afflue de tout le département, des départements voisins (Cher, Eure, Orne, Sarthe…), voire d’au-delà, ainsi de Bretagne et même de Belgique.

En particulier, dans le Perche, chaque été, un immense et irrésistible courant se produit qui entraîne vers la Beauce toute la population valide. Journaliers, fermiers, charpentiers, maçons, sabotiers, abandonnent  leur maison, leurs champs, leur ateliers pour aller aux alentours d’Orgères, Bonneval et Voves, prêter main forte aux agriculteurs locaux qui manquent de bras pour coucher à terre leurs récoltes.

Les premiers partent dès la deuxième quinzaine de juin pour faucher les pairies artificielles, puis vers le 10 juillet, second départ pour les seigles, enfin vers le 20 juillet, c’est une émigration en masse pour aller couper le blé et l’avoine.

Les uns se mettent en route à pied, emportant pour tout bagage leur faux et quelques hardes enveloppées dans un mouchoir, d’autres s’en vont, entassés dans de grandes charrettes.

Pendant près d’un mois, les campagnes du Perche sont ainsi dépeuplées. Il ne reste au pays que les vieillards. Les récoltes, de quinze jours  sur celles de Beauce, attendent le retour des moissonneurs qui s’effectue généralement vers le 10 août.

La période de la moisson est justement celle que choisit, à partir de 1880, le gouvernement républicain pour procéder au renouvellement des conseils généraux. Bien qu’aucune source officielle ne vienne corroborer notre thèse, la programmation des élections cantonales au moment de la moisson ressemble fort à une manoeuvre délibérée du pouvoir parisien.

A suivre.

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