Les élections-moisson (5)

Suite de notre fresque estivale sur les élections cantonales en Eure-et-Loir entre 1871 et 1914.

La volonté existe de modifier la date des élections départementales. Certains candidats en font même leur cheval de bataille. Mais en plus de ne pas répondre à une attente passionnée de l’opinion, elle se heurte à l’inertie du pouvoir parisien.

Tout commence par des attaques de la presse conservatrice d’opposition. L’Echo dunois, réputé pour son anti-républicanisme forcené trouve matière pour continuer à fustiger le régime. Le 3 août 1882, il publie un article incendiaire sous le titre : « Encore des élections en moisson !!! ». En substance, il écrit : « S’il y a quelqu’un qui se f… des électeurs, c’est sans contredit le gouvernement de la République française… Depuis qu’ils se sont saisis du pouvoir, les républicains qui craignent le vote des ruraux, ne manquent jamais de mettre les élections en pleine moisson. Et dire que ces gens-là s’intitulent les partisans du suffrage universel, les amis du pauvre peuple !!! » De son côté, Le Journal de Chartres demande le 1er août 1886 aux électeurs ruraux de déjouer le calcul du gouvernement en se rendant en masse au scrutin.

Toutefois, les abstentions atteignent rapidement une telle ampleur qu’elles commencent aussi à inquiéter nombre d’élus républicains locaux. Ceux-ci craignent de voir l’autorité de leur mandat remise en cause et d’être accusés de tricherie. Tant et si bien qu’en 1883, ils décident d’attirer l’attention du gouvernement sur ce problème.

Ainsi, après la consultation du 12 août qui a enregistré un taux moyen d’abstention de plus de 46%, deux conseillers généraux républicains dunois, Moisant (Châteaudun) et Méritte (Cloyes), ce dernier récemment rallié, proposent à leurs collègues d’adopter un vœu demandant au gouvernement de modifier l’époque des élections. Il leur suffit pour le justifier de signaler les inconvénients que présentent pour les populations agricoles des élections fixées au juillet ou en août :

« Le tiers au moins des électeurs occupés aux travaux de la moisson, à des distances souvent très éloignées de leur domicile politique, ne peuvent accomplir leur devoir et se trouvent en fait privés de leur droit de citoyens ; de là, des abstentions nombreuses dans les votes. Afin de prévenir ce fâcheux résultat qui fausse le suffrage universel, il conviendrait de fixer la date des élections au printemps, de préférence au mois de mai, époque à laquelle les activités agricoles sont au ralenti, ou tout au moins avant le 15 juin, qui marque le début de la fenaison. »

Le vœu est adopté sans difficulté lors de la séance du 23 août 1883 du conseil général d’Eure-et-Loir. Ce dernier mettra un point d’honneur à renouveler sa doléance, année après année, jusqu’à la réforme de… 1922.

A suivre.

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