La mort d’Emile Zola vue par la droite chartraine

A quelques jours de la reprise de la vie politique locale, continuons à nous faire plaisir, en narrant quelques histoires. Aujourd’hui, gros plan sur la mort d’Emile Zola, survenue le lundi 29  septembre 1902. Voici comment Le Journal de Chartres, héraut de la droite chartraine, couvrit l’événement, sous la plume de Maurice Lasnier, dans son édition du 2 octobre 1902. Extraits :

« …La destinée s’est montrée cruelle pour le pontife de Médan, pour le grand Prêtre du naturalisme, (…) pour l’apôtre de la « Vérité en marche », qui meurt de la mort ridicule d’un petit bourgeois très pingre et fort avaricieux, qui a omis, par mesure d’économie, de faire ramoner ses cheminées… »

« Nous sommes convaincu que ses livres ont contribué beaucoup à dépraver le peuple. »

« Comme il connaissait peu la Beauce, et comme il l’a calomniée ! »

« Comme si sa littérature n’avait pas assez fait de mal à la France, Zola tînt à lui en faire davantage. Il se jeta, à corps perdu, dans une affaire qui a profondément divisé et affaibli le pays. A l’heure où naît l’affaire Dreyfus, l’étoile de Zola subit une éclipse. L’affaire Dreyfus est en marche… Zola voit le rôle qu’il a à jouer. Quel beau drame à bâtir, avec pour décor l’île du Diable, drame dont il sera l’acteur principal. Et lui, qui ne sait rien de l’affaire, qui n’a pas compulsé le dossier fameux, il entre en scène, magnifiquement drapé comme un histrion de tragédie et il lance son fameux « J’accuse ! »

« Zola n’a pitié de rien. Son orgueil l’emporte, l’aveugle et lui empêche de voir la France qui souffre, la France attachée au poteau, que les sans-patrie flagellent, la France, reine auguste, devenue la risée des centurions de Germanie. »

« Et c’est l’ombre, l’exil, l’obscurité et la mort, non la mort belle et tragique de l’acteur qu’on emporte dans les coulisses et qu’on ensevelit dans sa chlamyde ; le coup d’épée que l’on reçoit debout, bien en face, mais l’accident ridicule et vulgaire. »

« Ce n’est même pas la bûche qu’un laquais laisse choir sur la tête de l’infortuné Cyrano. C’est l’oxyde de carbone, une cheminée tirant mal tue cet acteur du plus effroyable drame qui ait agité la France, et Zola disparaît asphyxié comme un petit rentier de Montrouge ou des Batignolles qui a omis par mesure d’économie, comme je le disais en commençant, de faire ramoner sa cheminée. »

« Mais si la mort a été obscure, les funérailles seront pompeuses. Et l’on verra le spectacle attristant : les honneurs militaires rendus à Zola, détracteur de l’Armée. Vendredi prochain, nos officiers salueront Zola de l’épée et nos petits soldats présenteront les armes à Dreyfus en larmes suivant le convoi. »

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