Souvenez-vous : à la recherche des pigeons de « l’honorable Monsieur Paul »

La Piquouse a sous les yeux le numéro 109 (décembre 1988-janvier 1989) du magazine municipal « Notre Ville ». Notamment l’éditorial du « député-maire-ancien ministre » de l’époque, Georges Lemoine. Extrait :

« …tous les ingrédients semblent réunis pour écrire un roman qui pourrait s’intituler « le Grand-père indigne », « l’honorable M. Paul », ou tout simplement « L’arnaque ». Si tout n’est qu’un mauvais roman, qu’on l’écrive et vite. Si par contre les victimes sont aussi nombreuses que la rumeur le dit, il faut que publiquement on sache ce qui s’est exactement passé, comment et pourquoi n’a-t-on pas démasqué plus tôt ce qui prend l’allure d’un scandale ? Est-il vrai que cinq cents millions de francs auraient été drainés dans la région ? Comment croire que l’on pouvait placer de l’argent à 120% d’intérêt ? On est presque surpris d’apprendre que la Caisse d’Epargne ou que le Crédit Agricole n’aient pas vu le nombre de leurs clients disparaître. Pour expliquer ce phénomène, on parle de placement « off shore » ce qui n’est guère rassurant…« .

Pour résumer l’affaire : au milieu des années quatre-vingts, des escrocs bien introduits dans la bonne société chartraine ont berné plusieurs centaines de rentiers, commerçants et agriculteurs de la région en leur faisant miroiter, par le biais d’une banque parallèle, des placements financiers avec des rendements extraordinaires. A l’arrivée, une arnaque magnifique menée par au moins trois cerveaux euréliens dont le fameux « Monsieur Paul », aujourd’hui décédé, et un procès fumeux organisé en novembre 1992 devant la 12ème chambre correctionnelle de Paris…

La Piquouse souhaite rouvrir le dossier et entrer en contact avec des gens qui ont été les pigeons de l’opération. Anonymat garanti.

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Une réflexion sur “Souvenez-vous : à la recherche des pigeons de « l’honorable Monsieur Paul »

  1. Monsieur Louis dit :

    Bonjour,

    Je souhaite donner suite à cet article qui a attiré toute mon attention.

    Il me parait nécessaire au préalable d’y apporter une précision : cette arnaque n’est pas l’œuvre d’un Robin des bois qui aurait subtilisé les quelques pourboires des personnes les plus aisées du département, non!

    La façon dont il me semble comprendre la description que vous faites des victimes à travers un échantillonnage socio professionnel aisé voire parvenu, me parait réductrice, limite ironique, et à fortiori tout simplement fausse.
    Elle est au demeurant antithétique avec la manière dont vous décrivez l’affaire, qui pourrait laisser à penser qu’il s’agissait d’une arnaque grossière pour personnes stupides.

    Non, mon père était un petit fonctionnaire et ma mère une petite employée du public. Ils formaient à eux deux le profil type du foyer moyen des années 80, un couple endetté avec deux enfants à charge à qui aucune aide n’était alloué.

    Le budget était très serré et il y avait peu de place pour les extras, les sorties, les vacances, et même les perspectives d’études supérieures. L’argent de poche était compté et il nous fallait travailler ma sœur et moi pendant les week ends et les vacances si l’on voulait acquérir des fringues à la mode ou sortir avec les copains.

    Il n’y avait pas internet et les possibilités de s’informer étaient difficiles et limitées, on a souvent tendance à l’oublier aujourd’hui.
    Notamment sur des sujets aussi pointus que la banque et la finance dont les rayons des bibliothèques et des librairies n’étaient ni les mieux garnis, ni les plus accessibles.

    Mes parents n’étaient pas stupides, non. Mais naïfs et crédules, certainement oui.
    Pour leur décharge ils l’étaient en revanche pour de bonnes raisons. En premier lieu parce que ce sont des gens gentils et éduqués qui ne voient pas le mal partout, et en second lieu parce qu’ils aspiraient à donner le meilleur à leurs enfants, comme tout à chacun, et dans une société ou l’on semblait découvrir seulement que l’ascenseur social était en panne.

    Ce sont certainement pour ces raisons que mon père nous a expliqué un jour qu’il avait trouvé un moyen légal de doper l’argent que nous avions placé sur nos comptes épargne, ma sœur et moi, pour pouvoir avancer dans nos études et dans notre vie imminente d’adultes.

    Il avait participé avec d’autres personnes à une réunion à laquelle il avait été introduit par parrainage par des personnes intermédiaires à son entourage qu’il considérait dignes de confiance.
    Là, on leur dévoilait la possibilité de placer de l’argent à l’étranger pour le compte de spéculateurs le faisant travailler sans risques en le prêtant à court terme à de grosses sociétés pour leur trésorerie et leur développement. Il était ainsi possible de doubler son capital sur 18 mois.
    Les ficelles et justifications des placements et modes de calculs leur avaient été dévoilées en toute transparence. Quelques clients témoins venaient appuyer de leur dire la réalité de ces opérations. Parmi eux quelques notables, ou du moins le paraissaient ils, accréditaient l’aspect officiel et légal des opérations.

    C’est ainsi que, sans que nous ayons pu en comprendre ni les tenants ni les aboutissants, se volatisaient toutes les économies de la famille. Les miennes, celles de ma sœur, celles de mes parents, et celles de mes grands parents également!

    Cet argent, nous l’avions chacun gagné à la force de notre travail. Ce ne sont pas des gains au jeu, ni de l’argent gagné au noir, ni de l’argent issu de trafics…
    Il a été confié dignement à des personnes qui semblaient offrir les garanties d’une structure légale et alternative aux banques, sans que jamais aucune malversation, aucun risque, ni aucun danger, n’ait été évoqué ou n’ait été pressenti.
    Cet argent, il nous a été en réalité subtilisé par duperie. Et c’est par ces faits que nous nous sommes retrouvé être les victimes d’escrocs sans foi ni loi, aux pratiques et à le moralité estampillé par l’Etat pour ne nous avoir pas rendu justice.

    Beaucoup de choses se sont en effet effondrées par la suite dans notre vie. Mes parents ont dus liquider leurs crédits et leurs biens. Ils se sont séparés. Ma sœur et moi n’avons pas pu poursuivre nos études. Nous avons du quitter le domicile familial et nous mettre prématurément sur le marché du travail sans qualifications.

    Nous sommes en réalité, ni plus ni moins que les victimes d’un système aujourd’hui bien connu, celui de la pyramide de Ponzi tel que récemment médiatisé par l’affaire Bernard Madoff à New York !
    A la nuance prés que nul n’avait à l’époque entendu parler de tel mode de tromperie…
    Ce qui peut faire de Monsieur Paul peut être un grand voyageur, ou un grand précurseur, mais un aucun cas un génie ou un justicier du pauvre.

    Monsieur Paul ainsi que tous ses complices ne sont ni plus ni moins que des escrocs de la pire espèce.
    Cela me paraissait utile d’être ainsi précisé et justifié, et je vous remercie pour cette possibilité que vous m’offrez de donner témoignage réel des conséquences vécues de ce qui pourrait paraitre aujourd’hui une légende urbaine pour les uns, voire un modèle de réussite pour les autres.

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