Femmes tondues en 1944 : l’autre photo terrible…

SanchevilleVous connaissez la photographie de Robert Capa sur la « Tondue de Chartres », mais sûrement pas cet autre terrible cliché pris à Sancheville, au milieu de la Beauce eurélienne, courant août 1944.

L’auteur de cette photo est un illustre inconnu, sauf pour les autochtones. Il s’appelait Henri Daniel. Avant son décès prématuré en 1948, l’homme était meunier, agriculteur, chef de la fanfare municipale et surtout photographe professionnel. De fait, le cliché, réalisé à partir d’une chambre sur trépied et gravé sur une plaque en verre, est techniquement excellent en cadrage et exposition.

La date précise de la scène est incertaine, mais on peut raisonnablement la situer entre le 16 et le 20 août 1944. Les six femmes livrées à la tondeuse du coiffeur local sont des réfugiées de Normandie, de Dieppe et du Havre. Pour nourrir leurs enfants, elles n’ont eu d’autre choix que de se faire embaucher par les occupants allemands au camp militaire de Bouard, situé sur la commune voisine de Baignolet. Domestiques ou servantes, voilà leur crime.

Les cosettes ont le malheur de croiser la route d’une meute de résistants de la dernière heure et désoeuvrés. La plupart sont des ouvriers agricoles, originaires de Bonneval, Sancheville, Fains-la-Folie et Neuvy-en-Dunois.

L’opération de tonte se déroule au centre du bourg, en bordure de rue. Les gamins du village posent au premier plan, près de leurs aînés affublés de mitraillettes Sten à la maîtrise improbable. Derrière les tondues, Raymond Tourne, le maire, veille au grain. L’horreur ordinaire.

Le même lieu, aujourd’hui :

sanchevilletoday copie

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8 réflexions sur “Femmes tondues en 1944 : l’autre photo terrible…

  1. YANN dit :

    j ai honte de voir que même aujourd’hui on ne dénonce pas les actes d’après guerre…leurs seuls actes de bravoure, avoir tondu des femmes ….

  2. Yann, on ne sait pas… si ce sont bien leurs seuls actes, ni non plus ce dont ces femmes étaient alors accusées. Mais pourtant, nous jugeons que ces actes de justice sauvages sont indignes… Ne croyez-vous pas que nous avons (nous en général) beau jeu de porter des jugements, éloignés que nous sommes de la réalité de l’époque. Aurions-nous été meilleurs ou pire que ces gens ?

    « Les donnees objectives déterminent la conscience »…

    Peut-être est-ce finalement en creusant nos histoires, notre histoire, que nous pourrons progresser ?

    • yann dit :

      c est un débat trop passionnant pour être totalement objectif , et oui vous avez raison ,creusons mais pas besoin de creuser profond ,et pour ce qui est de progresser ,j ai le sourire ,nos hommes politiques ne regardent pas les erreurs du passé, ni même du présent….ils regardent leurs nombrils..

  3. Chers Christophe et Yann, je vais éclairer votre lanterne : les six femmes ont été tondues parce qu’elles travaillaient pendant l’Occupation au service des Allemands dans le camp militaire de Bouard, à proximité de Sancheville.

  4. Antoine Block dit :

    Je partage le point de vue de Christophe Fiat. La manière dont les belles âmes ont de se rassurer aujourd’hui est trop confortable pour être honnête.

    Quant au sort de ces femmes, il a été extraordinairement clément.
    Elles se sont apparemment rendues coupables d’entente avec l’ennemi et de collaboration directe avec l’occupant. Bien souvent, ce genre d’actes a entraîné à la libération (dans cette guerre ou dans d’autres), exécutions, lynchages, viols…
    Avec une coupe de cheveux un peu courte, ces femmes s’en tirent bien.

    Et je trouve plutôt déplacés les adjectifs employés rituellement pour qualifier ce châtiment purement symbolique : « abjecte », « ignoble », « révoltant », « honteux », etc.
    Je pense que la seconde guerre mondiale a vu des atrocités pires qu’un passage forcé chez le coiffeur.

  5. BAUDET Alain dit :

    J’y étais moi, Monsieur : peut-être même un des petits blondinets de la photo !!!

    Petit Orléanais réfugié chez la mémé Moulin, où mes parents s’étaient débarrassés de moi pour cause de Résistance à Orléans et en Sologne depuis le débarquement de Normandie et qui employaient Alice Moulin (Nanon) à notre domicile d’Orléans.

    Je garde le souvenir précis de ces évènements et notamment de toute cette agitation autour du Salon de coiffure où j’adorais aller chevaucher le fantastique cheval articulé qui m’avait fait oublier mes préventions de l’époque à l’égard de cette profession.

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