La vérité sur la Tondue de Chartres dans Paris Match

Un dossier consacré à la Tondue de Chartres a été opportunément publié dans l’édition (n°3405) de Paris Match du 21 août 2014, à l’occasion du 70ème anniversaire de la célèbre photographie prise par Robert Capa le 16 août 1944 à Chartres. L’auteur du dossier s’appelle Guillaume de Morant, ancien journaliste à L’Écho républicain, le quotidien d’Eure-et-Loir. Il importe de reconstituer la genèse de cet article, « vérité » oblige.

Tout commence en décembre 2012, soit quinze mois après la sortie de la première édition de La tondue 1944-1947 aux éditions Vendémiaire, écrit par Gérard Leray et Philippe Frétigné. Guillaume de Morant prend contact avec Gérard Leray. Le journaliste a acheté par le biais d’Internet une photographie originale, jamais publiée, sur laquelle on voit un groupe de soldats allemands et une rangée de femmes au premier plan. Le cliché date du début de l’année 1942. Il a été pris à Chartres. Et de Morant demande à Leray s’il reconnaît l’endroit. Leray consulte son coéquipier d’écriture Frétigné qui, sans hésiter, désigne le jardin de la Caisse d’Épargne boulevard Chasles.

Leray transmet l’information à de Morant, en lui précisant que figurent sur le cliché deux femmes célèbres. La première, au centre, juste devant le colonel Feldkommandant Ebmeier, est Simone Touseau, la célèbre tondue de Capa. Et la troisième femme (en partant de la gauche) se nomme Ella Amerzin-Meyer. Cette femme de nationalité suisse à l’origine fut interprète au SIPO-SD (Service de sûreté SS chargé de traquer la Résistance, improprement appelé Gestapo) à Chartres de 1943 à la Libération.

Guillaume de Morant flaire aussitôt le scoop à propos de Simone Touseau. Il se procure le livre de Leray et de Frétigné. Bientôt, il demande à Leray de lui communiquer les coordonnées du bébé (de 68 ans en 2012) de Simone Touseau. Le fameux nouveau-né que tient dans ses bras la Tondue au milieu de la foule. De Morant désire l’interviewer. Leray refuse en arguant que cette personne a droit au respect absolu de son anonymat, selon sa propre volonté. Leray réoriente le journaliste sur Ella-Amerzin-Meyer. L’interprète du SIPO-SD chartrain fut en effet l’amie de Simone Touseau. Elle vit toujours à Hanovre. Elle a aujourd’hui 103 ans. Leray s’est rendu en Allemagne pour la rencontrer. En vain. Par contre, l’historien s’est longuement entretenu avec sa fille Érika, née à Chartres en septembre 1942.

De Morant va à Hanovre dans le sillage de Leray. Il promet à ce dernier que son article à paraître dans Paris Match à l’été 2014 sera centré sur la vie extraordinaire d’Ella Amerzin-Meyer. Promesse non tenue. Au lieu de cela, grâce à sa maîtrise de la généalogie, il réussit à retrouver la trace du bébé de Simone Touseau « au bord de la mer », et le prend en photo. Une photo volée. Une ignominie.

De Morant tient enfin son scoop… Reste que son papier contient deux erreurs de fond.

La première : sur la photo du groupe des soldats allemands et des femmes, Paris Match s’est trompé de femme… La vraie Ella Amerzin-Meyer est située à gauche de la femme désignée par l’hebdo people.

La seconde : page 69, Guillaume de Morant écrit : « Elle (Simone Touseau) a juste le temps de confier son bébé à sa soeur Annette avant de partir rue des Lisses pour être enfermée à la prison. » C’est totalement inexact. En réalité, Simone Touseau, ce 16 août 1944, put rentrer chez elle, avec son enfant. Elle ne fut incarcérée que le 6 septembre suivant.

Sensationnalisme, quand tu nous tiens…

Publicités

2 réflexions sur “La vérité sur la Tondue de Chartres dans Paris Match

  1. Mea culpa sur les deux erreurs, mais une seule est une erreur de fond : la mauvaise attribution du nom de Ella Amerzin sur la photo publiée par Match. Je n’en suis pas responsable, j’avais désigné la bonne personne, mais le soir du bouclage, cela a été changé, j’ignore encore pourquoi. Sur la forme, OK, c’est inexact, Simone n’est allée en prison que quelques jours plus tard. Mais je pense que c’est un détail qui ne change rien au sens général de l’article et je ne vois aucun sensationnalisme là dedans. Sinon, oui, j’ai révélé le sexe et le prénom de l’enfant de la tondue. Mais cette information a laissé de marbre l’intéressée qui n’a pas réagi, ce qui est assez incompréhensible en comparaison de la fureur dans laquelle elle est entrée quand elle a lu l’excellent livre de Gérard Leray et de Philippe Frétigné sur la tondue sa mère…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s