Léopards normands

IMG_2832A L’Écho républicain, nous savons depuis longtemps que l’on ne s’embarrasse plus avec la rigueur de l’information. Dans un article daté du 11 novembre 2015 consacré à la venue d’Hervé Morin à Bérou-la-Mulotière, candidat de la droite républicaine aux régionales en Normandie, le journaliste, qui a couvert l’événement, a dû trouver bon ton de tremper sa plume dans les symboles et l’histoire de cette région. En commençant par : « L’emblème de la Normandie, avec les deux lions jaunes sur fond rouge, trône dans l’Espace Roseau de Bérou-la-Mulotière », le reporter a voulu se faire savant. Malheureusement pour lui, il y a un détail dans l’introduction du sujet qui ne manquera pas de heurter les habitants de la Normandie. Le drapeau, qui flotte sur la plupart des villes importantes en Haute et Basse-Normandie, ne représente en aucune façon des lions… mais bien des léopards marchant sur trois pattes. Ce n’est qu’une erreur de plus…

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Si j’étais président…(9)

Marseille, octobre 2014.

Marseille, octobre 2014.

…j’effectuerais immédiatement une réforme constitutionnelle par référendum, d’après les règles suivantes :

– le Président de la république élu pour un mandat unique de cinq ans, « au-dessus de la mêlée », disposant des pouvoirs régaliens (défense et diplomatie), et gardien de la nouvelle constitution,

– le Premier ministre désigné pour cinq ans au sein du mouvement politique majoritaire à l’Assemblée nationale, seulement révocable par elle à la majorité des deux tiers,

– l’Assemblée nationale élue pour un mandat unique de cinq ans avec un mix de proportionnelle et de représentation territoriale,  non dissolvable et chambre législative unique de 300 députés non cumulards,

– le Sénat transformé en conseil économique et social, élu au suffrage universel direct pour un mandat de dix ans non renouvelable.

Charles Porte, le flic de Jean Moulin

La une de couverture

La une de couverture

Charles Porte fut le commissaire de police de Chartres de 1939 à 1943. A ce titre, il devint ami avec le préfet Jean Moulin auquel il procura ses premiers faux papiers de résistant.
Grâce à sa couverture de policier au service de Vichy, Porte s’employa à organiser un réseau de réception de parachutages en Eure-et-Loir. Après son basculement dans la clandestinité en mai 1943, il fut successivement chargé de la sécurité de la première réunion du CNR à Paris et de l’enquête sur l’arrestation de « Max » à Caluire. Arrêté lui-même en décembre 1943, torturé, déporté à Auschwitz puis Buchenwald, Porte revint de captivité dans un état épouvantable en mai 1945. Au même moment, un commando communiste tenta de l’exécuter comme traître à la Résistance. Porte parvint à lui échapper au prix d’un nouvelle clandestinité de six années. Réhabilité tardivement et en catimini, Charles Porte demeure aujourd’hui un inconnu de la Résistance. Il est temps de lui rendre justice.

La quatrième de couverture

La quatrième de couverture

De la Résistance en Eure-et-Loir

Plus de soixante-dix ans après la Libération, le mythe  – autant gaulliste que communiste – d’une résistance flamboyante à l’occupation nazie continue d’être entretenu. Y compris, bien sûr, en Eure-et-Loir. Il importe de rétablir la vérité.

1. En préambule, les actions de résistance se déclinèrent dans quatre directions :
– le renseignement,
– la propagande,
– la prise en charge et l’exfiltration de personnes persécutées, de parachutistes et agents alliés,
– les sabotages et attentats.

2. La résistance eurélienne fut l’oeuvre d’une infime minorité de patriotes, isolés et mal structurés : deux ou trois cents au maximum sur un total de 250 000 habitants à la fin de 1943, soit une proportion d’un pour 1000…

3. Cette résistance tenta laborieusement de s’organiser. Trois branches principales méritent d’être citées : Libération-Nord, à partir de 1942, le Front national (FTPF communisants), courant 1943. Un troisième mouvement, l’Organisation civile et militaire (OCM) s’implanta dans le Drouais à la fin de l’hiver 1944. Les contacts entre ces trois branches furent quasiment inexistants jusqu’à la fin de l’occupation.

4. Le premier attentat « d’envergure » eut lieu à Chartres le 15 mars 1942. Il visait à détruire par le feu la librairie militaire allemande de la rue du Bois-Merrain. Mal préparé, il provoqua des dégâts insignifiants. L’enquête confiée au commissaire de police de Chartres Charles Porte déboucha sur l’arrestation de neuf militants communistes, dont quatre furent fusillés en tant qu’otages le 30 avril 1942.

4. Entre octobre 1943 et février 1944, le SD-SIPO (police de sûreté allemande, improprement appelée Gestapo) de Chartres parvint, grâce à des infiltrations, à neutraliser plusieurs groupes FTPF (Maintenon/Hanches/Nogent-le-Roi/Illiers…) auteurs de quelques sabotages ferroviaires mineurs. Entre 140 et 150 résistants furent arrêtés, dont 31 fusillés au Mont-Valérien le 30 mars 1944, et les autres déportés. Au printemps 1944, la résistance eurélienne était quasiment décapitée.

5. La plupart des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, imposé par Vichy, préférèrent se cacher dans des fermes isolées plutôt que de rejoindre d’hypothétiques maquis de saboteurs et de harceleurs des troupes allemandes.

6. Les maquis de Plainville, de Beaumont-les-Autels, de la Ferté-Vidame et de Crucey furent constitués après le débarquement allié en Normandie. Au départ, ils comptèrent chacun seulement quelques dizaines de jeunes gens sans armes ni instruction militaire, évidemment incapables de se confronter aux forces allemandes.

7. C’est seulement au moment de la rupture du front de Normandie fin juillet, début août 1944, que les maquis, soudainement gonflés par des recrues opportunistes, sortirent de l’abri des forêts pour harceler l’occupant en déroute. Mais ils payèrent souvent cher leur fougue et leur impréparation.

8. Avec le recul, la nomination de Maurice Clavel, alias Sinclair, intellectuel de 24 ans, au rang de chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) en Eure-et-Loir, témoigne d’un amateurisme déconcertant. L’homme fut certes intrépide aux côtés de sa compagne Silvia Monfort, au point de faire courir à ses hommes des risques inconsidérés, mais par-dessus tout un chef de guerre de pacotille.

9. S’il est exact que la ville de Nogent-le-Rotrou – qui présentait peu d’intérêt stratégique aussi bien pour les Allemands que pour les Américains – fut délivrée le 11 août 1944 par les maquisards de Plainville, ceux-ci n’avaient en face d’eux que de vieux soldats territoriaux peu enclins à mourir pour le Reich, dont ils savaient la fin inéluctable, et qui abandonnèrent la place après quelques heures de combats sporadiques.

10. L’agglomération chartraine, quant à elle, a été libérée par les Américains, et non pas – légende tenace – par la résistance locale, constituée en grande majorité de « FFI de la dernière heure », qui aurait été fatalement taillée en pièces par l’ennemi sans les gros moyens d’artillerie déployés par la 3ème Armée du général Patton.

11. Le point commun aux différents groupes de résistants euréliens fut leur participation active à l’épuration sauvage : tonte de femmes, séquestrations et exécutions sommaires de « collabos » avérés ou présumés, notamment à Maintenon, Chartres, Nogent-le-Rotrou, Nogent-le-Phaye…

12. Cette synthèse peu reluisante de la résistance en Eure-et-Loir ne doit pas occulter d’authentiques parcours héroïques, individuels et collectifs, dont l’histoire scientifique reste à écrire, à l’écart des chapelles idéologiques.

Gérard Leray

La vérité sur la Tondue de Chartres dans Paris Match

Un dossier consacré à la Tondue de Chartres a été opportunément publié dans l’édition (n°3405) de Paris Match du 21 août 2014, à l’occasion du 70ème anniversaire de la célèbre photographie prise par Robert Capa le 16 août 1944 à Chartres. L’auteur du dossier s’appelle Guillaume de Morant, ancien journaliste à L’Écho républicain, le quotidien d’Eure-et-Loir. Il importe de reconstituer la genèse de cet article, « vérité » oblige.

Tout commence en décembre 2012, soit quinze mois après la sortie de la première édition de La tondue 1944-1947 aux éditions Vendémiaire, écrit par Gérard Leray et Philippe Frétigné. Guillaume de Morant prend contact avec Gérard Leray. Le journaliste a acheté par le biais d’Internet une photographie originale, jamais publiée, sur laquelle on voit un groupe de soldats allemands et une rangée de femmes au premier plan. Le cliché date du début de l’année 1942. Il a été pris à Chartres. Et de Morant demande à Leray s’il reconnaît l’endroit. Leray consulte son coéquipier d’écriture Frétigné qui, sans hésiter, désigne le jardin de la Caisse d’Épargne boulevard Chasles.

Leray transmet l’information à de Morant, en lui précisant que figurent sur le cliché deux femmes célèbres. La première, au centre, juste devant le colonel Feldkommandant Ebmeier, est Simone Touseau, la célèbre tondue de Capa. Et la troisième femme (en partant de la gauche) se nomme Ella Amerzin-Meyer. Cette femme de nationalité suisse à l’origine fut interprète au SIPO-SD (Service de sûreté SS chargé de traquer la Résistance, improprement appelé Gestapo) à Chartres de 1943 à la Libération.

Guillaume de Morant flaire aussitôt le scoop à propos de Simone Touseau. Il se procure le livre de Leray et de Frétigné. Bientôt, il demande à Leray de lui communiquer les coordonnées du bébé (de 68 ans en 2012) de Simone Touseau. Le fameux nouveau-né que tient dans ses bras la Tondue au milieu de la foule. De Morant désire l’interviewer. Leray refuse en arguant que cette personne a droit au respect absolu de son anonymat, selon sa propre volonté. Leray réoriente le journaliste sur Ella-Amerzin-Meyer. L’interprète du SIPO-SD chartrain fut en effet l’amie de Simone Touseau. Elle vit toujours à Hanovre. Elle a aujourd’hui 103 ans. Leray s’est rendu en Allemagne pour la rencontrer. En vain. Par contre, l’historien s’est longuement entretenu avec sa fille Érika, née à Chartres en septembre 1942.

De Morant va à Hanovre dans le sillage de Leray. Il promet à ce dernier que son article à paraître dans Paris Match à l’été 2014 sera centré sur la vie extraordinaire d’Ella Amerzin-Meyer. Promesse non tenue. Au lieu de cela, grâce à sa maîtrise de la généalogie, il réussit à retrouver la trace du bébé de Simone Touseau « au bord de la mer », et le prend en photo. Une photo volée. Une ignominie.

De Morant tient enfin son scoop… Reste que son papier contient deux erreurs de fond.

La première : sur la photo du groupe des soldats allemands et des femmes, Paris Match s’est trompé de femme… La vraie Ella Amerzin-Meyer est située à gauche de la femme désignée par l’hebdo people.

La seconde : page 69, Guillaume de Morant écrit : « Elle (Simone Touseau) a juste le temps de confier son bébé à sa soeur Annette avant de partir rue des Lisses pour être enfermée à la prison. » C’est totalement inexact. En réalité, Simone Touseau, ce 16 août 1944, put rentrer chez elle, avec son enfant. Elle ne fut incarcérée que le 6 septembre suivant.

Sensationnalisme, quand tu nous tiens…

Jysette Laîné, eurélienne martyre à Oradour, « Morte pour la France »

Le nom de Jysette Laîné est désormais gravé sur le Monument aux Morts de Nonvilliers-Grandhoux. Honneur et reconnaissance ont été rendus à la fillette martyrisée à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, lors de la cérémonie du Onze-Novembre, présidée par le maire Claude Poulain, en présence d’une assistance villageoise exceptionnelle.

De gauche à droite : Chantal, Claudette et Daniel, les soeurs et frère de Jysette Laîné ont participé à la cérémonie du 11- Novembre. À côté d'eux, Bernard Lorin, à l'origine de la redécouverte de Jysette. Photo Pascal Hébert.

De gauche à droite : Chantal, Claudette et Daniel, les soeurs et frère de Jysette Laîné ont participé à la cérémonie du Onze-Novembre. À côté d’eux, Bernard Lorin, à l’origine de la redécouverte de Jysette. Photo Pascal Hébert.